Ton Nom

Poèmes Hans Limon. Photographies Julie Peiffer.  Septembre 2017

Pour noyer ton image où flotte à contretemps 
le remords stipendié sous son châle d'autan,
jusqu'au Levant j'ai fui, pistant le fin sillage 
d'Apollon Musagète épousant le rivage. 
Gris d'un verre d'azur, sympathique et replet,
un archange vêtu d'un céleste complet 
m'a sauvé du grand vide et chanté la promesse 
de l'oubli guérisseur, euphorique kermesse.

Mais sous son front tonnait ton chaos facétieux 
et l'écho d'un "je t'aime" en langage des yeux.

De plus belle j'ai fui, t'abandonnant, Cybèle, 
au bras du fils de Dieu qu'honore l'hirondelle.
Le désert du Namib aux confins du réel 
a cueilli mes langueurs de funeste Ézéchiel
et tendrement bercé mon tétramorphe atone, 
familier du zéphyr, coutumier du cyclone.
Un matin j'ai saisi les tympans d'un lézard
écoutant le Kuiseb écouler son hasard.

Mais sur sa queue furtive et saupoudrée d'écailles
ruisselaient par tourments nos anciennes batailles.

Mes semelles de givre ont semé le trauma 
près de la cordillère, à fleur d'Acatama. 
Au milieu des bubons, cratères volcaniques,
j'ai brûlé sans façon tes plaisirs tyranniques,
parcouru sans détour les misères pédestres,
supputé dans la nuit les vies extraterrestres.
Me croyant délivré du souvenir charnel,
j'ai courbé ma fatigue et prié l'Éternel.

Mais le Pater Noster a fixé mon déboire 
sur la cime élancée du vaste observatoire. 

Alors, pâle ou plombé, j'ai gagné l'océan 
pour y poser mon ombre et mes pas de géant,
puis j'ai pansé mes plaies, pluies-placides-lactiques,
sur le seuil frissonnant des contrées antarctiques. 
Ma langue a tutoyé le ressac circonspect
du lac Sovetskaïa, sous l'inlandsis épais,
et mon doigt caressé les plus hautes montagnes,
bagnes proéminents, déclinantes compagnes.

Mais ton merveilleux spectre enfoui sous un blanc drap
guettait mon crépuscule aux pieds d'Alexandra.

Éperdu, j'ai voulu m'échapper dans un rêve :
le revenant, hélas ! m'a poursuivi sans trêve.
Entassant deuil sur deuil, empilant jour sur jour,
à l'agonie, mon âme épuisée du labour 
n'a trouvé de repos que dans la Poésie,
giron toujours propice aux crimes d'hérésie.
Maintenant que la rime adoucit tes contours,
je puis me confesser : je t'aimerai toujours.

Et si l'Apocalypse engloutit mes louanges,
ton nom me survivra, porté par les mésanges."


Hans Limon
 

Rue Ronsard © Julie Peiffer

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