Adorée Myriam

Texte Hans Limon. Photographies Julie Peiffer.  Octobre 2017

Fuyant le vain remords qui jamais ne se meurt
sous l'oeil désabusé du Céleste Semeur,
je titubais cynique à l'entrée du spectacle 
avec mon air défait de frime et de débâcle.

J'avais besoin d'une ode où coucher ma déveine,
d'un petit épisode où déverser ma peine,
et mon égarement de triste alléluia 
prit fin dans le regard de Myriam Tekaïa.

Sur la neige d'hiver, froide comme un cercueil,
sous les coups du printemps, mastodonte d'orgueil,
l'espoir peine à choisir la bonne direction 
et privé de boussole échoue par omission.

Or au-dessus du gouffre où gronde une ourse folle
brille une femme-flamme en forme d'auréole,
au sommet de mon rêve et de l'Himalaya
frétille l'orbe d'or de Myriam Tekaïa.

"Je venais acheter un mouchoir pour ma Muse.
C'est un tendre motif, c'est une bonne excuse.
Vous êtes une dame et je suis une bête,
vous êtes un refrain que Dieu chante à tue-tête.

Il faudrait buriner sur mon deuil raccourci :
"Attention cœur à prendre, avec le corps aussi."
Quand l'usurier des temps me sert son charabia,
j'offre à son avarice un dirham Tekaïa.

J'écris les feux de ceux qui se brûlent les ailes,
alarment leurs voisins puis cassent leurs vaisselles.
Je sonde le sublime enfoui sous le décombre
et rimaille à loisir plus vite que mon nombre.

Ma plume tend son verbe aux éclairs de warning,
biffe à l'encre de nuit les erreurs de casting.
Sur mon châssis glacé sommeille un bégonia
qui n'a d'yeux que pour l'ombre et Myriam Tekaïa.

J'ai un trou à l'égo, ce n'est pas beau à voir, 
mais j'obstrue ce non-être avec un peu d'avoir.
Hélas ! il faudra bien que je trouve la force 
de rompre mon pain noir pour fendre leur écorce,

d'aplanir le terrain pour garder les cochons, 
d'assouplir mes quatrains pour vendre mes torchons,
de fréquenter la tourbe et l'intelligentsia
sans déserter le ciel de Myriam Tekaïa."

Son sourire atypique, échancrure éclatante,
son masque de vigueur, sa moue désopilante 
éclipsaient la splendeur des nymphes agacées 
par le rythme indécent des rimes embrassées.

À fleur de Montfleury, sa beauté scripturale 
n'avait d'égale enfin que sa voix sépulcrale. 
Sa suave sueur sentait la sangria 
et les merles moqueurs murmuraient "Tekaïa".

On voyait resplendir sur ses trente-deux dents
une apocatastase ornée de longs chiendents,
des orchestres de nacre où de sourds musicos
éparpillaient leur poudre au mépris des narcos,

des rangées de fauteuils où des serial killers
enseignaient l'innocence à de jeunes dealers,
et sur une incisive, avec maestria,
rebondir l'écho nu d'un tam-tam Tekaïa.

Vous qui croisez sa route au hasard des errances,
mesurez votre grâce au gré des indulgences 
que d'emblée sa douceur dérobe et dissémine.
Quand son timbre affranchi riposte à la vermine,

quand sa cantate tâte un morceau d'arc-en-ciel,
on entend sourdre au loin le râle démentiel 
d'un miracle ancestral, bénéfique au paria 
qui les genoux pliés révère Tekaïa.

Do, ré, mi, fa, sol, la, conique crescendo
d'où l'on mire Myriam, mi, fa, sol, la, si, do,
loin, très loin du fatras de l'infâme noria, 
titanesque tango, sismique allegria,

éclaircie circulaire, embellie liminaire,
croix de bois, croix de fer sur le front du tonnerre,
fantôme de mon âme et du cliché sépia,
puits sans fond d'évidence et de paranoïa.

L'homme est un voyageur croulant sous sa valise,
un éphémère hostile à qui l'immortalise,
et je n'ai pour talent qu'une brusque furia
qui traficote l'aube et sonne la razzia.

Mais avant de partir, avec ou sans émoi,
je voudrais qu'on m'honore et qu'on dise de moi :
"Sur la pointe d'acier d'un crayon-séquoia,
il a fixé la foudre et Myriam Tekaïa.""
H. Limon

© Julie Peiffer 

Modèle Sanâa

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